Tro Brioc e Breizh

Notre association de reconstitution historique "Ar Soudarded" s'est donnée un défi sortant du cadre guerrier qu'elle se fixe d'habitude.

Il s'agissait, pour la quinzaine de membres, de se relayer afin de faire naviguer Brioc. L'objectif étant clair : pratiquer la navigation telle que nos ancêtres purent le faire durant le Xème et XIVème siècle, périodes de prédilection de notre association.

 

Après un départ le 2 juillet du port de Tressény (Guissény, 29), c'est le 21 septembre 2018 que le currac'h Brioc boucle son premier tour de Bretagne.

Le modèle de construction de Brioc s'inspire des currac'h irlandais encore utilisés de nos jours.

Seule l'hagiographie de certains Saints nous permet de savoir que des "grands currac'h" ont existé. L'historicité de la construction peut faire débat, elle n'en reste pas moins liée au pays Pagan, où une telle construction peut surprendre au vu des nombreux écueils s'y trouvant.

Nous savons cependant que navigations et échanges furent possibles, en témoigne la vie de Saint Sezny et son arrivée sur nos côtes.

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Ce voyage autour de la Bretagne est le fruit de plusieurs ambitions mêlées les unes aux autres : 

  • Premièrement, faire valoir un savoir-faire marin et médiéval breton.

  • Deuxièmement, reconstituer la vie probable d'hommes de mer du Xème et XIVème siècle.

  • Dernièrement, confirmer la vocation de Brioc à faire naviguer des passionnés !

 

Nous décidons d'entreprendre ce voyage avec pour seul matériel des équipements historiques (en gardant bien sûr à bord le matériel de navigation de sécurité obligatoire).

Le voyage se décomposera en trois parties :

  • La première partie consistera à tester le bateau en ralliant par la côte nord la ville de Dinan (Côtes d'Armor) où nous sommes attendus.

  • La deuxième partie se déroulera dans les canaux de la Rance et de la Vilaine et aura pour but de nous permettre d'expérimenter la vie quotidienne comme au Xème et XIVème siècles.

  • La troisième partie aura pour but de finaliser ce tour en passant par l'archéosite de Pont-Croix où nous déchargerons du vin nantais ainsi que du sel de Guérande.

Nous éprouvons les qualités du curragh qui s'avèrent surprenantes. Il remonte peu et le problème s'aggrave si le vent fraîchit. 

En revanche, sa souplesse laisse passer la houle, nous épargnant d'être trempés et sa stabilité ne fait aucun doute. Son système de dérives latérales nous permet les mouillages les plus paradisiaques car il peut échouer sans le moindre inconvénient.

La vitesse n'est apparemment pas son fort mais, nous dépassons les quatre nœuds aux alentours de Bréhat et jouons vers les six nœuds dans la baie de St Brieuc. Brioc présente surtout l'avantage d'avancer par très petit temps.

Nous atteignons Dinan assez facilement malgré des vents contraires et l'absence de moteur qui rend parfois les manœuvres compliquées dans les roches ou les ports.

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Nous entamons ensuite la deuxième partie, qui s'avéra la plus difficile : il s'agit de traverser la Bretagne dans sa largeur en ralliant par les canaux Dinan à la Roche Bernard.

La difficulté nous vient surtout de la chaleur.

Brioc est lourd, son faible tirant d'eau lui assure de rester manœuvrant mais, il reste lent. Parfois en manque d'équipage, nous recrutons les bonnes âmes souhaitant aider des émigrés du pays Pagan.

Nous testons toutes les techniques à notre disposition : la godille pour être précis, l'aviron pour durer toute la journée et enfin le halage lorsque l'encombrement des canaux nous interdit tout autre mode de propulsion.

La sécurité qu'offrent les canaux nous permet d’éprouver certaines théories historiques. La plus intéressante étant celle d'une auge en pierre embarquée pouvant à la fois servir de lest et de foyer (ou encore de saloir !). Ayant abandonné tout confort contemporain depuis la ville de Dinan, le passage à la cuisine au feu dans l'auge nous en assure beaucoup plus et c'est appréciable !

Comme en mer, nous dormons à bord sous des tentes dressées pour l'occasion. La fumée du feu fait fuir les moustiques et nous éclaire.

A la suite de longues journées de nage, nous parvenons à rejoindre la Roche Bernard où nous chargeons du sel et du vin, marchandises emblématiques du commerce au XIVème siècle.

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Nous entamons la dernière partie du voyage.

La navigation est nettement plus difficile avec des vents adonnants le matin et contraires après midi.

Il nous est difficile de doubler la moindre pointe. 

Le vent fraîchissant parfois vers les 30 nœuds, nous découvrons que Brioc ne tient pas la cape, nous contraignant alors à mettre en fuite et perdre notre avancée.

Nous peinons ainsi jusqu'à la pointe de Quiberon que nous ne parviendrons pas à passer directement.

C'est le moment de prendre une pause ! La navigation sans moteur, à l'historique est exigeante et épuisante. A moins d'avoir les bonnes conditions, il est souvent préférable de s'arrêter et de guetter les bons créneaux.

Nous parviendrons finalement à rejoindre l'île de Groix où nous mouillons afin d'aller saluer l'emplacement du « bateau tombe », seul vestige matériel de la navigation du Haut Moyen-Age en Bretagne.

Les conditions météo mettent à mal notre cargaison de sel et de vin, nous sommes en effet contraints de serrer le vent autant que possible. 

C'est l'allure qui donne le plus de mal à Brioc et qui laisse passer l'eau par effort entre la quille et la fausse quille.

Nous parviendrons finalement à atteindre le village de Pont-Croix où nous vendrons ce vin. Cela nous permettra de continuer à réparer et  à améliorer le bateau.

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