Tro Brioc e Penn ar Bed

En juin dernier, après de nombreux jours et de longues heures de travail à terre et fier de sa coque en cuir renforcée, Brioc a retrouvé la mer au fond de la baie de Tressény, à Kerlouan (29).

 

C’est en ce lieu, protégé des forces du large, que le Currac’h a retrouvé son gréement.

Dans un souci d’historicité, les fibres naturelles sont venues remplacer le synthétique : les cordages sont dorénavant en chanvre. Ils maintiennent les mâts en place et hissent les vergues supportant des voiles en lin, rougies par le tannage à l'écorce de châtaignier.

Ce sont essentiellement les membres de l’association Ar Soudarded qui ont rééquipé Brioc avant de le mener, malgré des vents peu favorables, plus à l’est, vers Meneham et la plage de Nodeven Ruduloc.

Impatient de repartir, le Currac’h ne tient pas en place et arrache une ancre avant de coincer la deuxième dans les rochers, au centre de l'anse.

Il est donc décidé de plier à ses caprices avant que le vent ne forcisse davantage et de faire voile vers la baie abritée de Brignogan.

C’est en ce havre de paix, découvert à marée basse, que les dernières préparations ont été réalisées afin de lancer l’expédition de l’été 2020 ayant pour but de mener l’embarcation et son équipage en différents lieux emblématiques de la pointe Finistère.

Le onze juin 2020, ce sont onze Soudardeds, vêtus de lin et de laine, qui chargent Brioc pour entamer la première partie du voyage vers Ouessant.

Ils prennent avec eux le nécessaire aux jours de navigation à venir : l'auge en pierre pour la cuisine, 60 litres d’eau dans des jarres en terre cuite, un coffre rempli de denrées trouvables au Xe siècle…, sans compter des matelas de peaux et couvertures de laine pour les froides nuits bretonnes.

Pour le départ, le vent est idéal pour longer la côte vers l’ouest mais, beaucoup moins pour quitter la baie ! Chacun se met à son poste de nage et souque ferme jusqu’à recevoir l’ordre de hisser les voiles. S’ensuit une journée calme légèrement perturbée par le mal de mer des premiers jours. Profitant du courant et d’un vent porteur, l’équipage atteint Portsall et le château des Du Chastel à la marée basse du soir.

Le lendemain, le vent, toujours aussi porteur, pousse la troupe dans les courants du Fromveur vers l’île d’Ouessant.

La rupture du cordage en chanvre qui maintient la barre contre la coque vient animer la journée. Cette avarie est vite réparée et n’est plus qu’un mauvais souvenir lorsque, le soleil finissant sa course, l’entrée de la baie de Lampaul est à portée de vue.

Le vent, jusqu’alors si salvateur, devient un vrai calvaire et empêche toute entrée dans la baie pour un petit voilier à voiles carrées et à dérive latérale.

Bord sur bord, virant vent devant, Brioc remonte au vent jusqu’à atteindre une crique bien protégée mais, dont les écueils mettent la fausse quille à rude épreuve.

Après cette arrivée en fanfare sur l’Ile d’Ouessant, il s’en suit des jours heureux, mêlant promenades et travail sur le gréement.

Le gréement en fibres naturelles est en effet plus exigeant, il s'étire dans l'effort et se rétracte au repos. Il faut donc régulièrement veiller à garder une bonne tension dans tous les cordages.

Au départ de l’île, une petite troupe de Ouessantins venus admirer la drôle d’embarcation mettre les voiles vers la côte, a pu profiter d’une démonstration de combat sur le quai et de la cuvée spéciale 20 ans de Brioc, issue d’un cépage nantais.

Dès que Brioc flotte, il fait route vers Bertheaume avec un manque de vent inquiétant et sur une mer bien agitée. Et pourtant, la destination est atteinte à la nuit tombante. Une bonne partie de l’équipage laissera sa place à de nouvelles arrivantes, des gabières de l’Hermione pour la plupart.

Le jour suivant, les derniers débarquants sont déposés à Brest et le nouvel équipage s’habitue aux manœuvres sur la route pour Camaret. Ainsi, après une bonne nuit de repos, une baignade derrière le cimetière à bateau pour les uns et une promenade à la pointe du Grand Gouin pour les autres, Brioc et son équipage, majoritairement féminin alors, font route vers l’habituelle hôte de « temps fête» : Douarnenez.

La sortie de la baie de Camaret fut dure, avec un vent contraire. Il fallut trimer sur les avirons avant de rejoindre la pointe du Toulinguet et mettre cap au sud dans une pétole à en faire perdre espoir ! 

Mais, alors que le soleil décline, un vent constant se lève et pousse enfin Brioc, les voiles en ciseaux, des tas de poids jusqu’au cap de la Chèvre.

A peine lancé, le cordage du gouvernail cède à nouveau en brisant la barre. Alors que la trajectoire est maintenue grâce à la godille, un cordage est remis en place et le restant de la barre est taillé à la hache afin qu’elle reprenne sa place. La réparation et le vent tiendront bon lors de la traversée de la baie de Douarnenez sous les étoiles et jusqu’à l’arrivée derrière l’île Tristan.

Une bonne nuit de repos sera de mise pour entamer des festivités improvisées par de nombreux voiliers bretons.

Le week-end aura permis à tout le monde de profiter d’un moment de détente avec un temps idéal pour l’expérimentation et l’amélioration des techniques de navigation.

Il fut très agréable de célébrer les vieux gréements avec des amoureux de la mer durant cet événement non officiel.

Pour Brioc, ce fut aussi l'occasion de former définitivement un nouveau patron et ainsi assurer la relève.

A la suite de ce week-end, Brioc et son nouvel équipage doivent continuer leur chemin vers Pont-Croix.

Le premier objectif étant de traverser la baie afin de trouver un lieu abrité et favorable au passage du Raz de Sein. Endroit réputé pour sa dangerosité où les courants sont tellement forts qu’il n’est possible de passer que lorsque qu'ils sont au plus faible lors du changement de marée.

Mais, ce jour là, les vents sont trop faibles et contraires et ne permettent pas de passer. La décision de s’abriter dans la baie des Trépassés est prise.

Alors que Brioc navigue de mieux en mieux, le retard se comble petit à petit. A l'approche du raz de Sein la houle est chaotique mais, c'est décidé, il faut le passer ! Le timing, la synchronisation et l'ajustement sont finalement parfaits et ont permis une traversé bien plus facile que la remontée du Cap, au plus près du vent, par la suite.

Avant de rejoindre Audierne le jour suivant, une journée de repos dans l’anse du cabestan fut prise.

Après avoir démâté à l’entrée du port, le Goyen est remonté au plus fort de la marée. Cette dernière poussant le Currac’h, sans demander le moindre effort à l’équipage et ceux, jusqu’au village médiéval de Pont-Croix.

Après quelques jours à vivre sous un toit, la dernière relève a lieu pour un retour vers le nord Finistère.

Par un vent absent, Feunteun Aod est atteint après une après-midi à l’aviron. Cette anse offrait durant des siècles un approvisionnement en eau et un abri pour le passage du raz de Sein.

Contrairement à l'époque c'est l'occasion pour Brioc d'embarquer des locaux de l'archéosite de Pont-Croix 1358 sans les dépayser !

Le lendemain, tôt le matin, le vent n’est pas au rendez-vous et pour la première fois depuis bien longtemps, un équipage traverse le raz de Sein à l’aviron.

Les moments à la voile seront trop courts en cette longue journée de canicule et pourtant, la pointe Saint-Mathieu est atteinte et un mouillage est pris au pied de l'ancienne abbaye médiévale afin de prendre un bain et d’attendre la marée suivante.

C’est à la nuit tombée que l’équipage, épuisé, prend un repos bien mérité au nord du Conquet dans l’Anse des Blancs Sablons.

A l’aube du jour suivant, le brouillard nous enveloppe, épais, rude et glacé, si prompt à égarer les marins.

Nous partons prudemment à l’aviron mais, rapidement, le vent vient chasser la brume afin de nous permettre d’établir les voiles. Alors que le phare du Four est doublé, Brioc marche bien. 

Le port du Korejou, ancien repère de Brioc, est ainsi passé.

Le lendemain, juste avant la pleine mer, la baie de Tressény est atteinte et une légère brise pousse Brioc jusqu’à son coin de sable favori.

Le moment est propice à l’amusement et l’équipage, heureux de rentrer, en profite pour se baigner, tracté par le Currac’h. Bientôt, au fond de la baie, les ancres sont crochées et le bateau désarmé... en attendant de futures sorties...

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